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Un article de Frédéric Durieux
Je propose ci-après un article publié dans les pages Rebonds du journal Libération du 8 décembre 1999 écrit en réaction à la mise en place d’une nouvelle grille de programmes sur France Musique, dont Pierre Bouteiller venait d’être nommé directeur. Cette grille se voulait une grille « d’ouverture et de décloisonnement » (déjà !) dont le symbole avait consisté à renommer la station France MusiqueS. Il n’y avait plus désormais de « grande ou de petite musique » mais « de la bonne et de la mauvaise ».
Que proposaient ces nouveaux programmes : 1- la chanson, le rock et le jazz avaient droit de cité sur France Musique ; 2- la musique dite contemporaine subissait encore une restriction de ses horaires de diffusion, après celle décidée en 1990 (NB : jusqu’en 1990, France Musique diffusait quatre heures de musique contemporaine par semaine en plus d’un magazine dédié aux créations de musique contemporaine, sans parler des nombreux concerts enregistrés des différents ensembles qui donnaient leurs concerts dans la grande salle du centre Pompidou). Donc ce que l’on ne nommait pas encore les musiques actuelles faisaient leur entrée sur « France Musiques ». Pourquoi une telle décision sur une chaîne radiophonique pourtant dévolue à sa création à la musique classique ? Les autres radios de la bande FM ne diffusaient-elles déjà pas beaucoup de chansons, de rock, de techno ou de rap ? Combien y avait-il de radios qui se consacraient à la musique savante ? Deux : France Musique et Radio Classique (dont la programmation se méfiait ô combien de la musique contemporaine). Toutes les autres radios étaient dévolues à la chanson, au rock, au rap, à la techno, etc. Seuls France Inter et RTL proposaient dans leurs grilles respectives une émission consacrée à la musique classique (en prenant bien soin de ne diffuser aucune musique contemporaine à moins qu’elle ne fût « néo-tonale », et encore…). Donc cette « ouverture » était unilatérale et amenait finalement la station à renoncer en partie à sa mission première. L’autre aspect notable était que la musique contemporaine devait souffrir en premier de « l’ouverture » voulue par Pierre Bouteiller : si la chaîne s’ouvrait aux «autres musiques », c’est principalement la musique savante contemporaine qui devait laisser place libre mais aussi, précisons-le, la musique ancienne (du Moyen-âge au baroque) ainsi que les musiques extra-européennes.
Le compositeur contemporain et sa musique, voilà l’ennemi ! Alors que d’aucuns se souviennent d’une époque où, sur France Musique, on pouvait entendre un André Boucourechliev parler de Beethoven puis de Stockhausen dans la même émission : bel exemple d’ouverture s’il en fut. À cette époque, des années 70 à la fin des années 80, les compositeurs contemporains étaient invités à parler de leur musique et de celles de leurs aînés sans que cela ne choque (trop) les auditeurs. Dans la forma mentis des producteurs et programmateurs de France Musique, la musique savante formait un tout, de la musique grégorienne à la musique la plus actuelle. Il n’y avait pas de cloisonnements entre les répertoires et les genres (musique baroque, opéra, musique contemporaine, etc.) mais une distinction – qui n’est en rien une discrimination, j’insiste - entre musique savante et musique populaire et/ou commerciale. D’ailleurs ce mélange des répertoires de musique savante était une idée intéressante puisque la Cité de la Musique a quelquefois proposé des programmations croisées : Beethoven-Stockhausen, Mozart-Lachenmann, Bach-Berio.
Au début des années 90, il a été décidé que c’était la musique contemporaine qui faisait fuir les auditeurs de France Musique vers Radio Classique. On précisait même que le contribuable n’avait pas à subventionner une station dont l’audience diminuait au profit d’une chaîne privée. Pierre Bouteiller poursuivit en 1999 une politique similaire ; même si on savait pourquoi Radio Classique avait une audience qui augmentait (diffusion de « tubes » de la musique classique, œuvres diffusées par bouts et non en intégralité, etc.), il était désormais important de jouer le jeu de la concurrence et de la stricte gestion comptable. Rappelons au passage que la programmation de France Culture (qui subira d’autres outrages plus tardivement) n’était pas remise en cause à cette époque, alors que son audience restait assez confidentielle par rapport à d’autres chaînes comme France Inter, RTL ou Europe 1.
Même si France Musique a perdu, plus tard, le « S » fatidique et a retrouvé son appellation d’origine (sous la direction de Thierry Beauvert qui a redonné une peu d’espace de diffusion à la musique contemporaine lors de son mandat de directeur de la station), les musiques actuelles n’ont jamais véritablement disparu de la programmation.
Quel rapport avec ce qui nous concerne aujourd’hui ? Les similitudes me frappent : au nom d’une « ouverture », d’un « décloisonnement » et du « dépassement des chapelles », on permet aux musiques dites actuelles d’être représentées à la Villa Médicis et cette ouverture supposée se fait au détriment, comme par hasard, de la création de la musique savante contemporaine. Il ne s’agit pas d’offrir des bourses de résidences à la Villa Médicis en plus, pour d’autres musiques (comment cela se pourrait-il, vu la configuration des lieux et à une époque de restrictions budgétaires ?), mais bien de limiter davantage l’aide et l’encouragement aux jeunes compositeurs de musique contemporaine. Notons également que cette soi-disant ouverture s’applique uniquement à la musique et non aux autres disciplines. À quand les auteurs de BD, les humoristes, les publicitaires et que sais-je encore à la Villa Médicis ? Pourquoi la musique savante devrait être le seul domaine qui devrait s’ouvrir ? Les Arts plastiques ne sont-ils pas aussi parfois élitistes, cloisonnés et renfermés dans des chapelles ? Non, en France, c’est d’abord à la musique qu’on applique des décisions irréfléchies qui sont la marque du manque patent de culture musicale de nos dirigeants (il suffit pour cela de s’intéresser à la formation aux arts dispensée dans nos grandes écoles, particulièrement celle qui concerne la musique savante). C’est ce manque de culture, allié à un cynisme électoraliste et bien-pensant, qui fait que tout est permis quand il s’agit de musique savante et comme tout, dans nos sociétés, devient de plus en plus formaté et prévisible, la musique contemporaine devient une source d’inquiétude et est considérée comme dispendieuse, élitiste et fermée sur elle-même.
Pour conclure, je tiens à préciser que, pour moi, toutes les musiques doivent pouvoir s’exprimer librement. Toutes les musiques remplissent des fonctions spécifiques, qu’elles soient sociales, économiques ou culturelles. Simplement la chanson, le rock et toutes les musiques actuelles bénéficient d’espaces de diffusions multiples (radios, télévisions, salles, publicités, couvertures médiatiques, etc …). Ma question est dès lors : pourquoi ajouter encore d’autres espaces tout en restreignant ceux déjà réduits de la musique savante contemporaine ? Pour ce qui est du jazz, qui est aussi une musique savante (son enseignement est d’ailleurs délivré au conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris), la question de sa diffusion mérite d’être posée. Des musiciens de jazz à la Villa Médicis, pourquoi pas, même si se pose immédiatement la question des lieux de travail et de la multiplication des musiciens puisque le jazz exige une pratique collective inhérente à son élaboration, à la différence de la musique contemporaine qui est conçue par un compositeur à sa table avant que d’être jouée.
Autres questions : pourquoi le directeur de la Villa Médicis a-t-il décidé d’agir sans jouer le jeu de la transparence ? Je signale au passage que j’avais demandé à le rencontrer dès le mois de septembre dernier pour évoquer avec lui la question – car je voyais venir ce qui allait arriver. Il s’y était refusé en m’envoyant un courrier désinvolte et un peu méprisant. Si l’on veut un changement, celui-ci doit être annoncé et débattu (la question n’a jamais été soulevée, que je sache, à la délégation à la musique du ministère de la culture et de la communication).
Je pourrais résumer ainsi ma pensée : oui à la multiplication des espaces de diffusions et de résidences ; non aux restrictions et au saupoudrage budgétaires. Et j’ajouterai : si il y a de moins en moins de création de musique savante, alors c’est l’ensemble de la musique classique qui sera amenée à disparaître. Avant que d’être de répertoire, toute musique savante est une création contemporaine.
Frédéric Durieux
21 juin 2010
Le tout culturel, une nouvelle forme de censure
(Article paru dans Libération le 8 décembre 1999)
Par Frédéric Durieux, compositeur, professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
“Le compositeur est le seul créateur de nos jours à qui l’on refuse le contact direct avec le public. Lorsque son œuvre est terminée, il est écarté. (...)
Mourir est le privilège de ceux qui sont épuisés. Les compositeurs d’aujourd’hui refusent de mourir.”
Ces quelques lignes ont été écrites par Edgar Varèse en 1921, alors qu’il était excédé du sort réservé aux compositeurs de sa génération. À mon tour, je fais miens ces propos d’une actualité criante. Pourquoi ? Parce que la situation des compositeurs de musique contemporaine est toujours plus remise en cause en cette fin de siècle douloureuse. Un fait parmi d’autre ? La mise en place de la nouvelle grille de programmes de France Musique.
Sur cette antenne auparavant dévolue à la musique dite classique, il a été décidé d’ouvrir les programmes à “toutes les formes d’expression” que revêt la musique. Ainsi, il faudra désormais écrire France Musique avec un “s” ajouté au mot musique. Il va sans dire que tout à chacun ne peut qu’approuver cette générosité affichée. Pourtant, je suis de ceux qui se méfient des grandes déclarations de principes généreux qui, le plus souvent, cachent en réalité une intention moins louable. Voici les faits : sous prétexte d’ouverture, il est diffusé sur cette antenne : de la musique classique, du jazz, de la chanson, du rock et de la musique de film. Même si la musique classique reste prépondérante sur France Musique, il n’en demeure pas moins que son espace de diffusion se restreint du fait même de cette ouverture bien singulière.
Mais il y a plus grave à souligner : en diffusant moins de musique classique, France Musique réduit encore davantage, par rapport à son ancienne grille de programmes, les émissions de musique contemporaine. Et là, je tiens à saluer ce retour à l’ordre moral ! En effet, qu’il y a-t-il de plus pernicieux que d’entendre, sur une station spécialiste de la musique savante, une musique composée aujourd’hui, libre et imprévisible ? Il faut avouer que l’originalité et la liberté sont devenues de nos jours de véritables péchés d’arrogance. Élitiste et élitaire me dites-vous ? je ne le pense pas car je ne réclame aucune suppression et ne me sens aucunement supérieur. Je demande simplement le droit d’écouter autre chose que ce qu’entend la grande majorité et que d’autres puissent le faire avec moi. Non par souci d’originalité, mais par simple plaisir. Une société démocratique doit pouvoir tolérer cela.
Mais qu’importe la nouvelle grille de France Musique, elle n’est pas un événement primordial en soi. En revanche, il est symptomatique du refus de plus en plus déclaré de la musique contemporaine lorsque celle-ci ne se commet pas dans le style new age ou néo-romantique. Notre société est de plus en plus rétive aux créateurs qui ne remplissent pas une fonction, qu’elle soit morale ou sociale, et il n’est donc pas étonnant que la musique contemporaine, qui ne peut remplir aucune de ces fonctions, subisse aujourd’hui un rejet parfois violent. D’aucuns vous diront que c’est avant tout parce que les compositeurs contemporains écrivent une musique trop complexe, inabordable et abstraite ; je n’en crois rien. Simplement la musique d’aujourd’hui assume une esthétique où le pré-établi n’a plus cours et où les événements sonores sont relatifs et mobiles. Comme sont relatives et mobiles nos croyances ou nos relations avec autrui, rien de plus. La musique d’aujourd’hui est une école de la liberté qui est quelquefois exigeante, certes. Mais cet apprentissage permet à qui accepte de s’y adonner (rien n’étant obligatoire) de découvrir bien plus de surprises et, qui sait, de merveilles. Ce n’est pas en se limitant à des genres convenus d’avance que les découvertes et les joies seront exaltantes. Je suis frappé par la crainte qu’éprouvent mes contemporains devant l’inconnu ; à vrai dire, bien plus que de la crainte, cela relève de l’angoisse et de l’anxiété. Il faut de plus en plus que les chemins soient balisés, ce qui est impossible quand on se confronte à une œuvre inconnue et récente de surcroît.
Le rejet de la création artistique n’est pas un phénomène nouveau, à moins que les œuvres proposées ne remplissent immédiatement une fonction de divertissement ou de lien social. Si ce n’est pas le cas, les œuvres d’art apparaissent dangereuses. Déjà Flaubert écrivait : “Le style, l’art en soi, paraît toujours insurrectionnel (...) et immoral (...)”. Si au XIXe siècle, la pratique de la censure officielle, via les prétoires, était monnaie courante (voir les procès de Madame Bovary et des Fleurs du mal), à la fin du XXe on adopte une méthode non moins efficace: le tout culturel. Toutes les formes d’expression sont considérées comme équivalentes en qualité et en intérêt : chansons et musiques symphoniques, bandes dessinées et romans, jeux vidéos et arts plastiques, etc. Bien sûr, toutes ces formes d’expression opèrent dans des domaines différents, mais, pour les tenants du tout culturel, toutes n’en demeurent pas moins significatives. D’un strict point de vue sociologique, je ne peux nier ces équivalences, en effet, toutes les formes d’expression (mais aussi de production) caractérisent bien une époque donnée. En revanche, d’un point de vue artistique, je ne crois pas que l’on puisse confondre des genres qui non seulement ne remplissent pas les mêmes fonctions, mais, qui plus est, n’ont pas le même potentiel de prolongements sensoriels et intellectuels. Ou alors, cela revient à ne plus différencier le quantitatif et le qualitatif.
C’est sur cette confusion que comptent justement nos nouveaux censeurs. Outre le fait qu’ils flattent et jouent avec l’idée que penser en art est ennuyeux, ils pervertissent le jugement de nos contemporains en parlant chiffres au lieu de formes. Puisque tout est d’un intérêt égal artistiquement, il est possible dès lors de marquer la différence entre ce qui se vend bien et ce qui se vend mal : seuls les chiffres comptent. Et c’est seulement en fonction de cette impérieuse nécessité commerciale que sera considérée toute réalisation artistique.
La confrontation des expressions populaires et savantes tourne à l’avantage des premières, pour la simple et bonne raison que la chanson, le rock et la bande dessinée sont des produits non seulement productibles en grande quantité, diffusables à l’envi et peu chers, mais surtout qui ne demandent que peu de temps pour être consommés. Une chanson dure quatre minutes au grand maximum et une symphonie quarante; une bande dessinée peut se lire en une heure ou deux alors qu’un roman demande une plus grande disponibilité, etc... C’est pour cela que je ne peux qu’en vouloir à ceux qui feignent de croire, pour des raisons commerciales évidentes, ou une paresse d’esprit pour le moins affligeante, que toutes les formes d’expressions actuelles se valent. Que n’a-t-on dû subir comme inepties du genre : “si Mozart était vivant, il composerait certainement de la chanson ou concevrait un opéra rock”!
Bien sûr, l’état économique et social de nos sociétés occidentales ne favorise pas l’apprentissage et la diffusion de la culture. Quand manque le nécessaire, voire l’essentiel, l’art est du superflu. C’est pour cette raison que les arts populaires remplissent une fonction non négligeable de lien social au sein de notre société. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut brader notre patrimoine culturel sous prétexte qu’il n’est pas encore accessible au plus grand nombre. Notre société doit tendre vers cet objectif primordial du partage des richesses matérielles et spirituelles et non nous enfermer dans le seul partage de biens de consommation, dont certaines formes d’expressions font partie. La démocratie exige non pas le tout culturel, mais la culture pour le plus grand nombre possible.
Ce qu’il y a bien de plus insupportable à l’époque actuelle, c’est cet état diffus de censure qui s’installe de plus en plus. J’ai quelquefois l’impression que l’on voudrait quitter ce siècle en évacuant tout ce qu’il y a eu de difficile et de douloureux; comme si une grande cure de sommeil allait nous amener à un état de virginité amnésique. J’ai aussi la désagréable impression que l’on voudrait nous faire remonter au XIXe siècle, comme pour évacuer un XXe siècle qui n’aurait été qu’un affreux cauchemar qui devra être vite oublié une fois que nous serons entrés dans le XXIe. On espère, par un fétichisme du nombre et un millénarisme superstitieux, que tout s’effacera comme par miracle et que l’Eden sera à nos pieds! Que d’illusions vont être déçues quand les yeux vont se dessiller!
L’ œuvre d’art est en fait un acte de résistance contre un environnement social qui, de tout temps, a toujours visé à l’écrasement de toute nouveauté qui développe notre conscience et notre entendement ainsi que le champ de nos sensations. C’est pourquoi d’aucuns n’hésiteront pas à prononcer “qu’après tout, les œuvres d’art d’aujourd’hui ne sont pas aussi belles que celles de jadis”. D’autres, mais quelquefois les mêmes, déclareront froidement qu’ “il n’y a plus de grands créateurs”. D’autres, encore, préféreront dire que “toutes les formes artistiques se valent”; toutes? donc aucune !. Alors, grâce à l’effort conjugué de tous ces alliés objectifs, l’œuvre innovatrice et irréductible sera automatiquement censurée, subrepticement noyée dans la masse du tout culturel. Et seront ainsi peu à peu réduits à néant tout ceux qui, par leur obstination, risquent de perturber la grande moralité amorphe du profit bien-pensant: consommez, ne pensez plus! Pour lutter contre ce complot sournois, il ne nous reste plus qu’à nous mettre en résistance, que nous soyons artistes ou amateurs d’œuvres d’art.
Frédéric Durieux
Septembre 1999
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Une lettre du chef d'orchestre Guillaume Bourgogne
En réponse à l'éditorial de Pascal Derathé de Jazz Rhône-Alpes
Cher Pascal,
Puisque tu nous demandes quelle est notre opinion, je vais te donner la mienne. Je ne sais si tu as prévu un espace d’échanges suite à ton édito.
Personnellement, j’ai signé la pétition en ligne sur musique en vrac, et ce malgré les maladresses du texte et des extraits dans lesquels je ne me reconnais pas complètement. Parmi les 700 signataires et rédacteurs, des gens très ouverts et très connus aussi, tu peux me croire.
Tout d’abord, le pouvoir qui est aux affaires actuellement aura réussi dans un domaine dans lequel il a toujours excellé : diviser, ce qui a poussé certains de ses plus farouches opposants à soutenir un de ses nombreux abus en signant un texte. Ainsi, des débats très violents ont lieu entre des artistes qui travaillaient très bien ensemble auparavant. Le pouvoir ? Oui, car il s’agit du pouvoir. Pour se faire une opinion, il faut connaître les conditions dans lesquelles se sont faites ces nominations : fait rarissime, les trois rapporteurs n’ont pas été suivis dans leur sélection (qui comprenait notamment le compositeur lyonnais Stéphane Borrel et l’argentin Sebastian Rivas), par un jury nommé directement par le ministre. Deux rapporteurs ont démissionné quand il ont compris que des candidatures ont été “dénichées” par des personnes proches du pouvoir (chacun sait que la culture est un peu le domaine réservé de l’épouse du président). Ainsi, à une sélection impartiale pour une institution certes dorée mais républicaine et démocratique, succède une nomination plus proche du fait du prince.
Sur le fond, à présent : “productions commerciales éphémères” est sans doute une expression maladroite et inexacte. Et elle s’appliquait, dans l’esprit des rédacteurs, sans doute plus à Claire Diterzi qu’à Malik Mezzadri. Quoique prétendre, comme l’ont fait de nombreux détracteurs de la pétition, que Malik Mezzadri est aussi inventif et novateur dans l’écriture qu’un Steve Coleman est tout à fait abusif et décrédibilise ceux qui l’ont fait. Ceux-là même qui nous accusaient d’ignorance ne devraient pas déduire hâtivement du fait qu’ils ont joué ensemble qu’ils sont aussi innovants l’un que l’autre. C’est à ce demander s’ils les ont écoutés. J’admire beaucoup le flûtiste, vocaliste et improvisateur Malik Mezzadri. Mais ce n’est pas l’insulter que de reconnaître aussi que les morceaux qu’il écrit sont assez convenus et ne renouvellent pas grand chose, du point de vue de l’écriture, j’entends. Rien à voir avec les structures radicalement nouvelles inventées par Coleman. S’il invente, s’il innove, c’est dans ses improvisations, dans son jeu fulgurant et son travail sur le timbre de la flûte et de la voix.
Quant à Claire Diterzi, aussi inventive soit-elle, son domaine est la pop (de la bonne pop, sans doute, mais de la pop), et en tant que telle, on peut la ranger dans la catégorie des produits commerciaux, ce qui n’est pas une insulte non plus ; cela veut seulement dire qu’ils ont un marché et qu’ils existent à travers lui. J’adore Björk et Radiohead, j’aime Muse, j’écoute M volontiers (pour parler d’un français), et bien qu’on ne classe même aucun d’entre eux dans la pop, qui me contredira si je dis qu’ils s’inscrivent dans l’économie de l’industrie du disque, que des producteurs et managers les influencent, et que leurs tournées sont d’énormes machines commerciales, à grand renfort de marketing ?
Effectivement, c’est l’histoire qui choisit si ces artistes sont éphémères ou non, et le fait qu’il y ait une notion de marché n’en fait pas des artistes jetables. Les Beatles, par exemple, demeurent, même si leurs productions étaient ô combien inscrites dans l’économie de marché, et même, à mon avis, celle du divertissement.
Comme tu le sais, Pascal, j’explore précisément les possibles qui existent, en création, entre les musiques dites “savantes” et les musiques improvisées, les musiques de jazz. C’est pourquoi je me sens fortement concerné par ce débat. J’explore cette frontière, ce pli entre les manières de faire de la musique, car il s’y trouve, je pense quelque chose de fertile et de riche, de nouveau en tout cas. Mais il ne me viendrait pas à l’idée de prétendre qu’il n’y a pas de frontière, aussi perméable soit-elle, que peu importe les styles et les catégories, et que tout est dans tout. Ce serait bien naïf. Vouloir rapprocher deux pratiques musicales ne revient pas à les assimiler l’une à l’autre, mais les enrichit toutes deux. C’est le sens de mon travail avec l’ensemble Op.Cit, mais aussi des projets que j’ai réalisés avec des ensembles comme Cairn (concerts avec Marc Ducret, par exemple) ou Synaxis (avec Eric Lelann ou Pat Metheny).
Je ne suis pas un musicien élitiste, je crois que mon travail le prouve, mais j’ai signé la pétition, oui. Ce n’est pas vrai, comme l’a dit Sclavis, que toutes les musiques sont savantes ; ce serait trop facile à démontrer. Le vrai sujet du débat, il me semble, est la place de l’écriture dans la création musicale plutôt que de savoir si la musique est savante ou pas. Le jazz est avant tout une musique d’instrumentistes, n’est-ce pas ? Je veux dire par là que même s’il y a des compositeurs géniaux et innovants, ils sont la plupart du temps des instrumentistes qui écrivent (Parker, Monk, puis Coltrane, Hancock, Shorter, aujourd’hui Steve Coleman et d’autres). Ceux qui sont compositeurs plus qu’instrumentistes sont très rares (je ne parle pas des compositeurs de standards issus des comédies musicales) : Ellington, G. Evans (Schneider, aujourd’hui, à mon avis moins inventive). Du reste, ce en quoi ils sont le plus géniaux comme compositeurs, à mon sens, est la manière dont leurs compositions stimulent l’improvisation dans un sens renouvelé. Plus que les compositions en elles-mêmes, à mon avis.
La place de l’écriture est tout autre, centrale, dans les musiques contemporaines écrites. Pour revenir au débat qui nous occupe, j’ai signé car la Villa Médicis semble adaptée, par sa nature et son histoire, à l’écriture. Or, les musiques contemporaines écrites ont une place déjà difficile, car coûteuses et peu connues du public, peu médiatisées, et cette place tend à se réduire de plus en plus. Il est vrai que c’est difficile pour tout le monde, mais depuis deux décennies, la place accordée par la puissance publique pour le jazz et les musiques actuelles est allée croissante, grâce à leur arrivée dans les conservatoires, l’augmentation des résidences pour ces catégories, ainsi que des subventions (bien que ces dernières aient chuté ces derniers temps ; on en sait quelque chose en Rhône-Alpes). En quelque sorte, le jazz et les musiques actuelles se sont institutionnalisés. Parallèlement à cela, le soutien à la création musicale écrite a été gelé. Chacun a le droit de ne pas aimer ce qui ce fait dans ce champ-là, mais est-ce que chacun connaît bien ce qui s’y fait, d’une part, et d’autre part, est-ce une raison pour souhaiter sa mort ?
La musique contemporaine a cette image élitiste car elle est difficile d’accès. C’est d’ailleurs le cas de tout champ de création artistique (danse, arts plastiques, littérature, théâtre...) et c’est ce qui lui vaut souvent un certain mépris, parfois même un rejet en bloc, comme si la musique contemporaine était un seul style, comme si il y avait une seule musique contemporaine et non pas autant de styles que de compositeurs. Il faut à mon avis considérer sa place comme un espace de recherche : elle n’est pas forcément accessible à tout le monde, elle dérange même sûrement, mais elle est importante pour tout le monde, un peu comme la recherche en science, ou même en philosophie et en sciences humaines. Peu de gens lisent les publications de ces domaines de recherche, car ils sont en pointe, mais est-ce que l’argent qui les soutient est pour autant un gaspillage ? Je pense que non, car il n’y a pas de marché à proprement parler pour eux ; ça n’existe que par une volonté politique. Il en est de même pour la musique dite contemporaine : aucun marché pour elle.
Un champ de recherche, oui, ce qui n’en fait pas un monde froid de laboratoire ; ou alors un laboratoire en émotions. J’encourage chacun à explorer dans ce domaine, quitte à être parfois dérangé, comme c’est le cas lors de la découverte de toute œuvre d’art radicalement créative. La création musicale contemporaine est très riche et diverse, et elle est la plupart du temps très loin des caricatures hyper cérébrales qu’on en fait, et parfois même plus proche du corps que de l’esprit. Les compositeurs que je choisis de diriger et que je défends, qu’ils soient actuels ou appartenant au passé, sont tous, à mon avis, à la recherche de l’inouï, du sublime, de l’émotion. Comme la plupart des musiciens de jazz créatif, en somme. Bien sûr, tout n’est pas réussi, tout n’est pas bon, comme dans tous les champs, car la création est une aventure, avec les risques qu’elle comporte. L’Etat doit continuer à soutenir cette aventure de l’écrit en art, car elle est plus fragile que toute autre. Une seule comparaison pour illustrer ce déséquilibre : la production d’un disque : aucun disque de musique contemporaine sans fonds publics n’est possible. Alors que autant Mezzadri que Diterzi trouvent des producteurs qui investissent et ont un retour sur investissement grâce aux ventes.
J’ajoute qu’un pensionnaire à la Villa Médicis a une bourse pour 12 ou 18 mois, qui lui permet d’être logé à Rome et d’écrire de la musique pour un projet pendant cette période. J’ai signé la pétition, aussi, car il est très difficile de gagner sa vie quand on est compositeur, et encore plus quand on est jeune compositeur, car c’est un long processus. L’image du compositeur aristocrate privilégié, très répandue, est très révoltante. De plus, les musiciens qui sont aussi interprètes comme Claire Diterzi et Malik Mezzadri peuvent être intermittents du spectacle (système génial mais coûteux également) et le sont si ça marche un tant soit peu pour eux. Rien de tel pour les compositeurs. Il n’y a pas de statut du compositeur, y compris quand ça marche pour eux. Ils ne peuvent être intermittents, et ne sont payés que lorsqu’ils ont une commande ou en droits Sacem lorsqu’ils sont joués. La Villa est donc un soutien (qui ne profitait déjà qu’à un petit nombre d’entre eux) qui leur permet de créer sans trop de soucis matériels pendant un temps donné pour faire leurs preuves au travers d’un projet important.
Cette nomination brutalement imposée par le pouvoir est donc un nouveau coup dur pour la musique et pour tous les musiciens attachés à l’intervention de l’Etat pour des domaines qui ne peuvent par nature accéder au marché, et pas seulement pour les musiciens dits contemporains (cette soit-disant aristocratie arrogante et repliée sur elle-même).
Mon cœur, Pascal, ne penche donc ni d’un côté ni d’un autre. Jazz et musique contemporaine écrite sont des musiques chères à mon cœur autant l’une que l’autre. C’est pourquoi je m’oppose à ce que l’une prenne des moyens à l’autre. Et c’est pourquoi je raisonne pour savoir quel outil est le mieux adapté à chacun des deux domaines, en fonction des spécificités et de la viabilité économique des champs de création. Mais les mettre en concurrence, c’est la pire chose qui pouvait nous arriver à tous.
Bien à toi,
Guillaume Bourgogne
Clôture de la pétition
La pétition en ligne est close depuis le 13 juin à 23:59 mais vous pouvez continuer à signer pour soutenir notre action en utilisant le nouveau lien "continuer à signer..." de ce blog
787 signatures accompagnent cette lettre ouverte envoyée au Ministre de la Culture et au Directeur de la Villa Médicis.
Nous vous remercions tous pour votre soutien !!
De plus, le texte suivant à été envoyé sur une lettre séparée accompagnant la pétition :
787 signatures accompagnent cette lettre ouverte envoyée au Ministre de la Culture et au Directeur de la Villa Médicis.
Nous vous remercions tous pour votre soutien !!
De plus, le texte suivant à été envoyé sur une lettre séparée accompagnant la pétition :
Nous vous prions de trouver ci-joint une lettre que nous avons rédigée après avoir pris connaissance de la nomination des pensionnaires de la section "composition musicale" à la Villa Médicis.Cette lettre, écrite en réaction à une nomination dont le mode de recrutement semble éminemment contestable a recueilli, suite à une pétition, 787 signatures, dont celles de nombreux anciens pensionnaires de l’Académie de France à Rome. Elle ne saurait refléter l'ensemble des opinions des différents courants musicaux contemporains, mais elle est l'expression d'un sentiment d'indignation de musiciens, d’artistes, d’intellectuels et de mélomanes, face à des décisions arbitraires qui ont été prises sans aucune concertation ou annonce préalable.
En outre, à l'issue de la publication de cette lettre sur le blog "http://musiques-en-vrac.blogspot.com/", de nombreux témoignages et échanges polémiques ont vu le jour, ainsi que plusieurs articles parus dans la presse et sur de nombreux sites internet 1
La lecture de ces écrits révèle un malaise sensible quant à la place accordée à la création musicale et plus généralement, à la création contemporaine, riche de toutes ses formes, de toutes ses différences. Cette dynamique intellectuelle montre à quel point le débat et la prise de décisions concertées sont aujourd'hui nécessaires au maintien de ce qui définit intrinsèquement la production artistique dégagée de toute pression mercantile.
Qu'il s'agisse des structures de formation, de diffusion, du soutien accordé par l'État et les collectivités, de l'articulation entre les arts et de leur capacité à se développer sur les fondements qui leur sont propres, c'est finalement à une concertation élargie, libre d'expression et fondamentalement ambitieuse, que cette lettre veut tendre.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, l'expression de notre considération distinguée.
Complément d'information
Suite au commentaire de Gilbert Nouno sur ce blog (la lettre ouverte ne faisant pas le détail de la sélection 2010) nous publions l'information suivante à l'attention de ceux qui souhaitent signer la lettre ouverte/pétition.
Le jury composé de :
M. Eric de Chassey (directeur de l'Académie de France à Rome, président), Mme Nicole Brenez (vice-présidente), Mme Francine Mariani-Ducray (présidente du conseil d'administration de l'Académie de France à Rome), M. Jean-Pierre Simon (directeur chargé des arts plastiques), M. Bernard Comment, Mme Elisabeth Ballet, M. Laurent Bayle
a sélectionné trois projets dans la catégorie Composition Musicale :
Nous laissons à chacun le soin d'estimer dans quelle mesure cette information plus complète change le point de vue exprimé dans la lettre.
Le jury composé de :
M. Eric de Chassey (directeur de l'Académie de France à Rome, président), Mme Nicole Brenez (vice-présidente), Mme Francine Mariani-Ducray (présidente du conseil d'administration de l'Académie de France à Rome), M. Jean-Pierre Simon (directeur chargé des arts plastiques), M. Bernard Comment, Mme Elisabeth Ballet, M. Laurent Bayle
a sélectionné trois projets dans la catégorie Composition Musicale :
- un projet du compositeur Geoffroy Drouin
- un projet commun du compositeur et musicien Gilbert Nouno en binôme avec le compositeur et improvisateur Malik Mezzadri
- un projet de l'auteur-compositrice Claire Diterzi
Nous laissons à chacun le soin d'estimer dans quelle mesure cette information plus complète change le point de vue exprimé dans la lettre.
Lettre ouverte au Ministre de la Culture et au Directeur de la Villa Médicis
Paris, le 4 juin 2010
Monsieur le Directeur,
Nous, compositeurs, musiciens et ensembles dédiés à la musique contemporaine, avons appris il y a quelques jours la nomination des pensionnaires de l'Académie de France à Rome pour l’année 2010/11 parmi lesquels, en ce qui concerne la discipline musique, figurent deux artistes-interprètes (1, 2) issus des musiques dites « actuelles ».
Ne voyez aucun mépris de notre part pour les musiques différentes de celles que nous écrivons et défendons. Cependant ces musiques, plus populaires, touchent un public déjà nombreux et jouissent d’une médiatisation plus large que la nôtre. Elles sont déjà très soutenues par de nombreuses structures et par l'État lui-même qui ne cesse de les mettre en avant. Pour cette raison, les accueillir dans une institution qui était originellement destinée à la création musicale contemporaine ne fait que conforter cette situation déséquilibrée déjà présente dans la société alors que l’État devrait, à notre sens, travailler à son rééquilibrage.
Nous voyons en cette décision un désengagement de la part de l’État à l'égard de la musique contemporaine qui prolonge une tradition musicale s’inscrivant dans l’histoire de l’art et qui se fonde depuis des siècles sur l'exigence de l'écriture, le questionnement de l'écoute, prolongeant ainsi les nombreuses expérimentations et innovations apportées par nos prédécesseurs et développant par ailleurs les technologies les plus avancées.
La Villa Médicis est en France une institution qui, plus que nulle autre, offre une occasion unique aux jeunes compositeurs de se consacrer, de manière entière et absolue, à l'écriture musicale. Elle propose un véritable atelier de travail à des artistes qui ne sont ni des interprètes, ni des intermittents. Réduire le nombre des compositeurs de musique contemporaine porteurs de projets ambitieux et audacieux et les remplacer par des musiciens qui ont déjà un pied dans l'industrie musicale et sont dans la capacité de vivre de la scène, c’est refuser de tenir compte de la rigueur de leur travail et les traiter avec mépris. Les pièces d’orchestre, les opéras demandent un long temps de gestation et les œuvres qu’ils écrivent en ce moment seront peut-être les classiques des siècles futurs. Si les structures qui les accueillaient jusqu’alors réduisent le nombre de possibilités qui s’offrent à eux, comment pourraient-ils développer des formes et des langages musicaux nouveaux, par définition non conformes aux standards commerciaux ?
Notre réaction est un mélange de colère et d’inquiétude. Car il nous semble évident que ce que d’aucuns nommeront une « ouverture » n’est que l’expression d’un désintérêt pour l’art non directement rentable au profit d’une production artistique qui, séduisante par essence, a la faculté de mettre tout le monde d’accord sans aucun effort. Nous ne voyons dans cette soi-disant ouverture que démagogie et calcul politique.
Oui, nous sommes en colère de constater que ce recrutement s’est fait de manière unilatérale, sous l'effet d'une pression politique et non d’une décision artistique, provoquant aussitôt la démission des rapporteurs en musique. Nous sommes en colère de constater que l’État, qui est pourtant en partie producteur et diffuseur de notre musique, n’a pas conscience du rôle éminemment actif de la musique contemporaine française de par le monde, ni de l’influence de celle-ci au plan international depuis de nombreuses années, ni encore du fait que l’aide qu’il nous a jusqu’à présent apportée faisait l’admiration de la plupart des autres pays, le monde anglo-saxon en tout premier lieu.
Enfin, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, nous sommes inquiets de voir la situation de l’art et de la culture se dégrader en France, le problème que nous rencontrons à la Villa n'étant qu'un révélateur d’une démission plus générale de l'État qui se traduit également par le gel des subventions annoncées, l’impuissance grandissante des Drac à soutenir les artistes, la précarité croissante des ensembles musicaux, la diminution des aides à la création et des commandes pour les compositeurs, la disparition ou reconversion de certains festivals autrefois dédiés à la musique contemporaine, la difficulté grandissante à diffuser nos œuvres sur notre territoire, l’expatriation récente de nos compositeurs vers d’autres pays où ils trouvent plus qu'en France les moyens nécessaires à leur subsistance.
Quand la création contemporaine et la recherche musicale sont soutenues au plus haut niveau de l’État, c’est l’innovation et le dynamisme culturel de la France qui perdurent. Veut-on offrir au monde un visage culturel français exclusivement constitué de productions commerciales éphémères ?
Ce que nous dit votre décision imposée si brutalement nous incite à penser que vous avez renoncé à soutenir notre art. Nous ne laisserons pas ce renoncement s’installer dans l’indifférence et l’inaction. Si on favorise, au nom d’une supposée diversité, l’entrée des musiques actuelles au sein de structures originellement dédiées à la musique contemporaine, alors il serait équitable que cette dernière bénéficie également des aides jusqu’ici réservées aux musiques plus médiatisées.
Nous pensons qu’une société qui délaisse les chercheurs et les artistes qui travaillent à des œuvres portant l’avenir en leurs germes est une société vouée à être dépassée par les autres. Nous sommes convaincus que notre travail, nos productions, même s’ils ne touchent pas immédiatement un vaste public, n’en sont pas moins importants dans la dynamique de notre pays. Ils témoignent de la diversité, du renouveau culturel dont la France est capable. Mais pour que cette dynamique reste vivace, il est indispensable que l’État manifeste son soutien aux artistes, non seulement en renouvelant et en confortant les budgets alloués à la création, mais aussi en aidant à sa diffusion, notamment par l’éducation. C’est un pari sur l’avenir et c’est avec de véritables choix politiques que vous pourrez nous aider dans cette entreprise.
Pour tous les constats évoqués ci-dessus, nous vous demandons, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, de prendre note des arguments que nous vous soumettons afin de mettre en œuvre des moyens à la hauteur de l’ambition que vous avez pour notre pays.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur, l'expression de notre considération distinguée.
Compositeurs et Interprètes “actuels”
[problèmes techniques résolus]
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787 signatures accompagnent cette lettre ouverte envoyée au Ministre de la Culture et au Directeur de la Villa Médicis.
Nous vous remercions tous pour votre soutien !!
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Signataires de la lettre ouverte [au 10 juin 2010]
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